•   La flèche rouge de la cathédrale perce la voûte cendrée du ciel comme le mât, la hune d'un navire qui pourfend les flots. Dans ce matin gris et laiteux de novembre, la lune blanche se décalque sur le ciel comme un cercle de papier cellophane en suspens, un mobile de Calder dont je pourrais tirer les ficelles impunément.

    Elle me toise cette lune de papier diaphane comme le ferait une marâtre. Son regard assombri est lourd du ciel de la nuit dernière, chamarré de tout l'or des étoiles. Son regard me fusille, transperce mon corps troué d'automne.

    Comme un aigle au sommet de la cathédrale rouge comme le sang du soleil, je vogue et je divague dans le jour naissant. Je tangue dans cette aube rose, encore fraiche, affrétée à mon corps sans yeux, à mon jour d'automne sans lumière, à l'éclosion d'une rose vivante dans le ciel cuivré, effarante comme l'aurore qui se lève sur la mer.


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  • Tristesse de ce jour qui s'égrène sur les branches nues des arbres, sur leur tronc glabre où ne se posent plus d'oiseaux. Tristesse de novembre qui perle à même ma tasse de thé brûlant que je bois dans le silence de cette sombre soirée d'automne. Tristesse des feuilles mortes jaune d'or sur le bitume écartelé de la rue où me portent mes pas gourds de silence, sourds de l'obsolescence de ce jour d'ombre. Jour sombre, humide comme la rosée noire de cette nuit de novembre, de ce proche hiver qui me noie.


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  • Nostalgie des heures chaudes de l'été ou même simplement des heures lumineuses du début de l'automne lorsque les feuilles d'or commencent de tomber sur le sol orangé, lorsque les châtaignes entrouvertes, toutes pénétrées de la braise de l'aube et de sa rosée, crissent sous mes pas.

    Sous mes pas, désormais, ne subsistent plus que des morceaux de boue et de feuilles flétries : tombeaux de soie recroquevillés de pluie. Ne subsistent plus que des lambeaux d'ombre et de nuit.

    Sous le plumage sombre des corbeaux, sous leur voilure obscurcie, je recueille les chardons humides de cette nuit de novembre qui sont comme les vestiges d'étoiles mortes tombées de son ciel de suie, comme les astres sombres de ma mélancolie.


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  • Le parc de l'Orangerie est superbe avec ses habits d'automne. Les feuilles incrustées d'or accrochées aux cimaises des arbres et du ciel tombent négligemment sur le sol comme des billes d'or, des perles de soie friables à l'infini.

    Quelques corbeaux noirs perchés sur des arbres déjà dénudés, quelques moineaux pépiant sur l'herbe humide bruissent dans le jour orangé, presque noctambule à l'approche du couchant.

    Des essaims d'autres oiseaux parcourent le ciel. Leur frêle froissement d'ailes chuchote à mes oreilles. Ce tourbillon d'oiseaux migrateurs s'égaille au creux d'une danse silencieuse, d'un vertige de douceur et de plumes. Au creux d'une esquisse si délicate qu'on la dirait tracée à l'encre de Chine. 

    Les essaims d'oiseaux, ces danses insolites qui miroitent, comme mirage au firmament, m'ont toujours beaucoup émue. A tel point que j'aime lever ma tête vers le ciel et, béate, observer ces pelotes noires d'oiseaux mêlés en suspens. J'aime apercevoir ces traînées vibratiles de poudre sombre, ces milliers d'ailes à l'unisson.

    J'aime les voir s'envoler vers une même et lointaine direction. Mais vers où? Vers l'orient assurément!

     


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  • Nous sommes en plein été et je vous regarde corbeaux freux vous poser sur les antennes des toits, sur les tuiles morcelées de soleil, mordues par le sommeil de la nuit passée.

    Corbeaux freux, bleus encore de ciel marin du jour dernier, vous faîtes le guet comme des sentinelles apprêtées dans le recueillement de votre fraîche notoriété. Parfois vous croassez, effrayés par le silence de l'aube. Vous recueillez sur votre plumage d'ébène à peine froissé des gouttes de rosée tombées la veille dans le calice des roses trémières. Vous vous abreuvez de leur solitude au goût sucré, au goût d'extrême liberté. Puis, vous prenez votre envol, corbeaux d'été, loin, très loin au dessus de la mer recomposée.


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