•       Au parc des Contades, ce dimanche, je scrute les troncs d'érables dénudés qui percent par endroits la voilure verdoyante des conifères, à leurs côtés. Ils semblent frissonner dans le vent, tous ces arbres d'hiver, vibratiles, dépareillés, promis à d'incessants déhanchements, à d'interminables sursauts effrayés. 

    Ces arbres chuchotent dans le ciel solitaire puis se taisent enfin, lorsque la bourrasque de vent vient flageller leur écorce ébréchée, écartelée par le soleil qui faiblit. Et au loin, comme leur double dépareillé, je crois voir les ombres errantes et  volatiles des corbeaux qui se blessent dans le soir naissant, dans le ciel rose bientôt incandescent, effarouché.


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  •     Aujourd'hui, je suis sortie toute seule. De temps en temps, j'apprécie cette solitude où je peux rêver à loisir, contempler le soleil et le ciel bleu si intense ce matin. Sur la place Arnod à Strasbourg où m'ont portée mes pas, j'écoute la rumeur du monde que je perçois en filigrane à travers le bruit des ballons qui rebondissent sur le sol, à travers les bribes de voix des enfants et leurs cris de joie. Il fait si beau aujourd'hui. Les arbres sont encore nus mais leurs branches droites et drues font entrevoir la promesse de jours nouveaux tout éblouis, celle de fleurs gorgées de soleil qui auraient le goût de miel et de silence, la promesse de bruits d'oiseaux itinérants dans le ciel solitaire, leur saveur sucrée au goût de mer.


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  •  Ce matin, les arbres noirs s'impriment sur le ciel couleur d'orange. Tels des oiseaux maladroits, ils envahissent le jour rose et son aube nonchalante. Le ciel est une mer d'oiseaux qui frissonnent dans l'air bleu, un froissement d'ailes et de soie sauvage, noire et solitaire, chiffonnée d'obsolescence. Ciel à la pointe du jour que je perce de mes yeux perforés de silence.


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  •     Sur le quai des Bateliers que je longe à la nuit tombée, clignotent les phares des voitures qui se pressent sur l'asphalte, les photophores des péniches amarrées sur l'eau verte. Sur le quai des Bateliers, craquent et crépitent les branches d'arbres nues de l'hiver.

    J'entends les pleurs d'un enfant dans la nuit sombre. Ses pleurs deviennent paroles qui chantent dans le soir violet. Ses mots s'envolent dans le ciel gris. Ses mots en italien, auxquels répond sa mère, et leurs incantations bercent l'eau grise presque cendrée, bercent ses barques, reflets du ciel. La lune d'or descend sur la nuit devenue noire. J'entends sa voix de crécelle. J'entends "la voix de la lune", comme dans le film ultime de Fellini.

    Les images se brouillent en moi. Je reprends ma route énivrée du clapotis de l'eau entre le réel qui culbute, se cogne au ciel solitaire et mes rêves en pagaille qui s'effritent comme de la poudre de soie.

    Une mouette noire se pose sur moi alors que je crois dérouler le film en noir et blanc de ma vie. Il est temps que j'ouvre les yeux avant que ne se propage l'incendie de mes rêves sombres et silencieux.


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  • Roses gelées

        

      C'est un jour de neige comme je les aime avec des roses gelées sur mon chemin de solitude, sur mon sentier blessé de pierres, jonché d'oiseaux. C'est un jour blanc comme je les aime avec des cris marins qui résonnent dans l'air froid, qui crissent à mes oreilles comme les grelots d'un pantin de bois. Les cloches de l'hiver sonnent le glas de mes vertes années. Et ce jour de décembre rallume la braise rouge de mes souvenirs. Souvenirs enfouis dans la rivière glacée, dans l'eau bleue calcifiée où s'emprisonnent les roses gelées de mon collier d'enfant, maintenant éparpillées.

     


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