• Un certain dimanche du mois de juin, j'étais confortablement installée avec le petit Raphaël au café Rive gauche, non loin de la gare. Le soleil paradait dans le ciel, illuminant l'église Saint-Pierre le vieux. Juste en face de moi, l'édifice de grés rose me lançait ses myriades de rayons rougeoyants qui s'en allaient mourir lentement sur le cours d'eau de l'Ill, semé de ricochets géants. Pendant que mon petit ange dormait dans sa poussette, je fermais à demi les yeux, espérant capter cette belle lumière effarouchée du jour, presque vibratile sous les frondaisons des arbres. A côté du flamboyant édifice de pierre rouge, je regardais les roses stoïques au bord de la rivière se figer subitement dans une immobilité de cire. Et il me semblait que j'étais comme ces fleurs fragiles laissées-là au bord de l'eau, éprouvant, comme elles, ce si fort sentiment de déréliction.

     


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  • Lundi dernier, il faisait beau, splendide même, et j'ai eu idée de devenir un chat. Oui un vrai chat ! Car si c'était le cas, je pourrais miauler en plein soleil, installée sur une chaise entre deux portes bleues de maisonnettes méditerranéennes. J'humerais le parfum de lavande violette, l'odeur tenace des lauriers roses. J'entendrais le chant des oiseaux bleus se frayant un chemin parmi les ronces et les roses, parmi les sentiers et les ravins couverts de mûres et de fenouil, de sauge, de thym, de romarin. Et à travers mes vibrisses, je pourrais déjà sentir la brise marine me caresser; je pourrais entendre le grondement de la mer et de ses mouettes d'argent serpentant le long du canal du midi, pavé d'ocelles et de blondes enluminures sous l'ocre solaire rougeoyant.

     


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  • Un de ces dimanches étranges du mois de mai, il a plu, il a plu tant et plus! Nous sommes quand même sortis et nous nous sommes promenés derrière les entrepôts de la gare pour rejoindre les ateliers d'artistes ouverts pour le week-end. Sur notre chemin, au milieu d'une pelouse qui avait l'air désaffectée, nous avons vu, au-dessus des troncs d'arbres fraîchement coupés, deux corbeaux freux ruisselants de pluie. Dans ces endroits mornes, presque décimés, la pluie continuait de crépiter encore et encore, nous berçant d'un doux chuintement, d'une douce mélodie qui tambourinait à nos oreilles. Le ciel s'assombrissait toujours et encore, devenant par endroits du même mauve que celui de la nuit.

     


     


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  • En plein quartier de la Petite France, j'ai découvert une petite rue au nom insolite et poétique : "La ruelle des roses". C'est dans cette rue, que j'ai cueilli une belle rose tendre ourlée de dentelle. Elle était crénelée d'un liseré d'or qui perlait sous le soleil déjà crépusculaire. J'ai effleuré de la main ses pétales saupoudrés de lumière. Puis je les ai broyés, pressés contre mon coeur pour en extraire le jus délicat, un sublime nectar que j'ai bu sous la lumière rouge du couchant.

     


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  • Sur les dunes de sable semées de pierrailles et d'encres de seiche, émaillées de vestiges de coquillages piquant les grains de soie grège de nacre volatile, j'ai longtemps, très longtemps, erré avant de cueillir quelques lilas de mers et des grains de lavande. Un bleu de cobalt comme celui de la Méditerranée, non loin de là, peignait un ciel d'été uni parsemé de soleil. Le bouquet de violine que je tenais serré sur mon coeur me servait d'éventail alors que l'on sentait déjà la chaleur poindre au creux des monticules de sable. J'aspirais à ce qu'un souffle de brise marine emplisse mon coeur et ma chevelure tout en broussaille tandis que mon visage à l'air libre se trouvait déjà entièrement baigné de la lumière de l'aube.

     


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