• Magnolias

    Sur la place de la République, j'ai pu contempler de loin l'éclosion des magnolias. Ils ponctuaient le parc de flammèches de soie rose presque froissée. De loin, on aurait dit d'immenses fleurs de papier crépon qui s'étoilaient sur l'azur solitaire. De près, chaque fleur boursoufflée, blanche et rose, ressemblait à un oiseau aux ailes entrouvertes sur le point de prendre son envol. Comme des luminaires roses, comme des bouquets fleuris de soie et de dentelle, ces arbres irradiaient le parc alentour, torches graciles où aimaient à se poser dé véritables oiseaux de passage.

    Longtemps j'ai rêvé de pouvoir extraire quelque nectar de ces frêles fleurs froissées, duveteuses, blessées par le soleil et le bec d'oiseaux en partance. Longtemps, j'ai rêvé de pouvoir presser, broyer ces morceaux de soie pour en boire le jus délicat, peindre à la lumière de l'aube ces broderies coloriées de sang pâle.

    Lorsque le soleil peine à éclore tout à fait sur cette belle place de la République, sur cette esplanade de nos errances, le parc qui y trône est un morceau de verdure sur le bitume martelé par le vrombissement des tramways et des voitures, un morceau de sérénité, un havre de paix dans ce tumulte citadin, dans ce brouhaha de gens pressés et sourds à toute poésie du silence, indifférents à tout plaisir contemplatif.

     


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