• Film en noir et blanc

        Sur le quai des Bateliers que je longe à la nuit tombée, clignotent les phares des voitures qui se pressent sur l'asphalte, les photophores des péniches amarrées sur l'eau verte. Sur le quai des Bateliers, craquent et crépitent les branches d'arbres nues de l'hiver.

    J'entends les pleurs d'un enfant dans la nuit sombre. Ses pleurs deviennent paroles qui chantent dans le soir violet. Ses mots s'envolent dans le ciel gris. Ses mots en italien, auxquels répond sa mère, et leurs incantations bercent l'eau grise presque cendrée, bercent ses barques, reflets du ciel. La lune d'or descend sur la nuit devenue noire. J'entends sa voix de crécelle. J'entends "la voix de la lune", comme dans le film ultime de Fellini.

    Les images se brouillent en moi. Je reprends ma route énivrée du clapotis de l'eau entre le réel qui culbute, se cogne au ciel solitaire et mes rêves en pagaille qui s'effritent comme de la poudre de soie.

    Une mouette noire se pose sur moi alors que je crois dérouler le film en noir et blanc de ma vie. Il est temps que j'ouvre les yeux avant que ne se propage l'incendie de mes rêves sombres et silencieux.


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