•                L’aube est violette ce matin. A Marseille, je marche le long des bateaux colorés. Les voiles fouettent le ciel d’eau. Et la mer devenue rose s’insinue dans les moindres recoins du Vieux Port. Quelques mouettes grises, presque vif-argent, se posent sur les coques cendrées des voiliers. Au loin, la rumeur du mistral se mêle à celle de la mer infinie. Je l’écoute en même temps que celle des chats errants qui miaulent en écho à moi-même, en résonance parfaite avec mon corps parcheminé de ciel et de rayures solaires.

    Mes pas s’enfoncent alors dans le sentier rocailleux qui me mène à la cathédrale de la Major, toute parée de ses zébrures noires et blanches, tout ensevelie de silence. Et mes yeux plissés de soleil se mettent soudain à cligner de plus belle pour me protéger de la vive lumière qui m’éblouit. Aveuglée de soleil, je me retourne, jette un dernier coup d’œil derrière moi.

    L’aube est violette sur le Vieux Port de Marseille comme une nuit pleine d’étoiles qui scintillent, comme le regard intense de cette mouette qui m’a suivie jusque-là et qui me fixe éperdument.

     

    Aube provençale


    votre commentaire
  •     Dans la grisaille de ce jour de mars, j’erre le long des quais de Seine, dans la brume arrimée à mon ciel, amarrée à la proue des voiliers, des péniches qui stagnent sur la Seine. Je lève les yeux au ciel et dans le brouillard vif-argent, j’accroche mon regard à celui des oiseaux qui implorent que je vole au-dessus de l’eau, au-dessus de l’eau grise de ce jour de mars où vient se refléter le pâle reflet de la lune. Tandis qu’une brise vient troubler ma quiétude, vient briser la trajectoire oblique de mon soleil naissant.

    Quelques mouettes endimanchées portent une rose à leur bec. Des corbeaux croassent près de l’eau comme de vieux marins noircis de nuit. Et moi j’erre le long de ce quai de Grenelle comme une ermite à l’allure négligée, le regard dans les étoiles, assoiffée de liberté fraîchement conquise. Échouée sur les rives du jour comme sur les rives de la Seine, je gobe la brûlure du soleil rouge qui frôle puis s’enracine sur mon corps nu de parisienne endormie.

     

    En bordure de Seine

     


    votre commentaire
  •     Cette après-midi, je suis allée au Parc de l'orangerie à Strasbourg. Il était tout recouvert d'une épaisse couche de sucre glace. J'y ai vu des paysages à la Brueghel : magnifiques enneigés. Le lac gelé s'étendait comme une nappe d'eau glacée. S'y reflétaient quelques corbeaux noirs, s'y reflétaient le halo d'or de la lune, son orbe presque rosé qui commençait de monter dans le ciel de cendres, vespéral.

    Quelques enfants jouaient à se lancer des boules de neige nourries de soir, fabriquaient des bonhommes de glace, presque désarticulés, esquissant des pantomimes réjouies ou attristées dans cette journée de mars enneigée, figée dans son manteau blanc glacé.

     

    Paysage à la Brueghel

     

     


    votre commentaire
  •     La nuit violette nous enveloppe. Son parfum déjà suri embaume l'air, virevolte dans le ciel martelé de silence. Alors que le croissant de lune est déjà monté haut dans le ciel de suie, je crois entendre le cliquetis de la clé qui se tourne dans la serrure, tourne sur elle-même comme un vertige de douce ferraille, un tourbillon d'espoir, une promesse d'ouverture.

    Mais qui vient donc nous rendre visite à cette heure si tardive?

    C'est sûrement le marchand de sable venu nous conter quelques histoires à dormir debout, quelques fables nocturnes pour nous jeter sine die dans les bras de Morphée.

    Alors laissez-le vous jeter du sable sur les yeux ! Laissez vous envahir par ses rêves !

    Bonne nuit !

     


    votre commentaire
  •       Au parc des Contades, ce dimanche, je scrute les troncs d'érables dénudés qui percent par endroits la voilure verdoyante des conifères, à leurs côtés. Ils semblent frissonner dans le vent, tous ces arbres d'hiver, vibratiles, dépareillés, promis à d'incessants déhanchements, à d'interminables sursauts effrayés. 

    Ces arbres chuchotent dans le ciel solitaire puis se taisent enfin, lorsque la bourrasque de vent vient flageller leur écorce ébréchée, écartelée par le soleil qui faiblit. Et au loin, comme leur double dépareillé, je crois voir les ombres errantes et  volatiles des corbeaux qui se blessent dans le soir naissant, dans le ciel rose bientôt incandescent, effarouché.


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique