• Les prunus encore en fleurs, plumeaux roses aux incandescences cuivrées, projetaient une ombre presque aussi grande que celle de l'église Saint-Maurice qui me faisait face. Elle était terne et grise comme un navire d'asphalte et m'effrayait de son siilence de pierre. Mais heureusement me berçaient sa grande horloge d'acier miroitante, le bruissement des insectes, le chant des oiseaux qui chuchotaient en même temps que la frêle, la faible rumeur du couchant.

    Un peu plus loin, les frondaisons foisonnantes des tilleuls s'enflammaient au contact de la brise montante et je percevais le parfum acidulé de leurs fleurs, parfum acidulé du soir comme le goût d'une pomme d'or que je croquerais à l'unisson avec les corbeaux freux du soir.

    Ceux-là seuls qui me tiendraient compagnie en croassant dans le noir, lorsque tous les passants seraient partis, lorsque tous les enfants auraient achevé de jouer au ballon ou au tourniquet et que, solitaire errante, je frapperais le bitume de mon bâton de pellerin. Je les entendrais alors froisser leurs ailes de suie tandis que je creuserais l'asphalte  pour y dénicher un trésor : coquillages illusoires, feuilles d'arbres ou cailloux tombés du ciel par exemple. Ou bien encore quelques restes d'oiseaux blessés comme des plumes de soie douces au toucher que je tiendrais au creux de mes mains bientôt trempées d'une encre violette comme la nuit.


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  • Alors que je me trouvais à Paris,  sous le soleil cuivré d'un printemps qui ressemblait à l'automne, je suis allée fouler les allées ombragées du Parc Monsouris. J'y ai revu ses arbres noueux, son lac bleu cendré, le grand kiosque que j'avais l'habitude d'explorer étant enfant- cette fois-ci sans musiciens ni fanfare-. J'y ai revu le monticule de pierre qui ressemble à un immense chateau de sable au coeur des attractions enfantines, les balançoires vert d'eau, la buvette et ses sucres d'orge. J'ai entendu les roucoulements de pigeons et le cri mat des cygnes blancs ou noirs dans le silence des prunus qui parfumaient tant l'herbe alentour que le ciel clair à l'infini.

    J'y ai revu les bribes de mon enfance perdue. Enfance recouvrée dans ce parc, étalée au grand jour.


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  • Je regarde la nuit sans étoiles, sans plus aucune lumière crépitante qui vienne me rappeler l’or du soleil et l’écoulement des jours paisibles d’été. Je regarde la nuit noire charbonneuse. La lune s’en est allée elle aussi, ainsi que son cortège de brûlures et de flammes qui consumaient la toile marine du ciel, formant un liseré de braises rouges, de cendres d’or à ses extrémités.

    Je regarde la nuit mate, mer noire sans voile, désormais sans étoiles, désormais sans lune aussi et je tente de trouver refuge dans mes rêves roses d’enfance. Rêves naïfs illusoires où dans le miroir de ma jeunesse à présent frelatée, je retrouverais ces astres perdus, arches d’or qui illumineraient mon corps de vieille femme devenue fripée, qui éclabousseraient mes rêves d’eau douce pour l’éternité.

     


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  • Hier après-midi, je me suis promenée au Parc de l'Orangerie. Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas arpenté les allées ombragées de ce jardin qui se colorait déjà de cendre et d'or lorsque je me suis assise pour contempler les arbres et les enfants qui s'égaillaient sur les aires des jeux.

    Dans l'anfractuosité du ciel, quelques cigognes se nichaient, planant en bande le long d'un ruban de soie blanche. Comme une procession de plumes noires  et nacrées, de becs ensanglantés, les oiseaux quadrillaient le ciel de leur ample mouvement, de leur froissement d'ailes, perceptible à plusieurs kilomètres à la ronde.

    Impressionnants ces vols ployés de grands oiseaux! J'aurais aimé éternellement les regarder, me fondre avec eux. J'aurais aimé subrepticement les rejoindre dans leur mime poétique langoureux, presque désespéré.

    Comme ces graciles cigognes, j'aurais voulu m'ébattre sur l'azur, accompagnant leur singulière errance. Comme elles, j'aurais voulu pouvoir rêver les yeux ouverts, déployant mes ailes pétries du silence et des soirs bleus d'hiver, dans le ciel désormais solitaire.


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  • Givre

    Le givre sur les feuilles virides s'éparpille dans mon ciel et sur le sol perforé de silence. Je marche au hasard de mes pas dans la brume de janvier. Je sème mes grains blancs de solitude. Je récolte quelques joyaux de neige immaculée qui fondent sous mes pieds : diamants insolites que je voudrais thésauriser dans mon herbier d'hiver.


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