•     Dernièrement, l’on m’a offert un joli livre de photographie de Willy Ronis. Photographies en noir et blanc comme il se doit. Photos sobres comme il se doit. Pudiques aussi même si certaines explorent l’intime, la nudité de la femme, si belle à ses heures.  Toujours sensuels, épurés, pleins de finesse, jamais voyeuristes ou violents, les clichés du photographe saisissent l’instant de tendresse, l’intimité extrême.

    Dans ses œuvres qui sont autant d’exquises esquisses, Willy Ronis sait toujours faire preuve de retenue et d’infinie délicatesse. A chacune de ses images, c’est une introspection poétique qu’il nous offre dans un silence bienveillant, un recueillement salutaire et pudique, sublime à en couper le souffle.

    Monsieur Ronis, vous n’êtes plus parmi nous, mais votre passion nous contamine encore et toujours. Vos portraits spontanés de femmes, d’enfants, d’hommes qui rient, qui pleurent ainsi que l’extrême sensualité qui en émane m’émeuvent au plus haut point.  C’est que vous avez l’art et la manière de retranscrire le sublime dans l’intimité des alcôves, de hisser au rang de poésie l’intériorité de chaque être irradiant les visages que vous avez immortalisés avec tant de bienveillance avec tant d’humanité.

    Merci Willy Ronis de m’avoir fait connaitre et transmis votre passion de la photographie Elle est chez vous une véritable poésie de l’intime. Merci infiniment.


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  • A chaque fois que je lève les yeux en direction de cette imposante statue de cuivre noir comme de l'ébène, martelée de soleil, je ne peux m'empêcher de songer qu'elle est pour moi un repère, une plaque tournante de mon enfance.

    Lorsque petite, je vivais à Paris et qu'avec mon grand-père, nous arpentions les allées bruyantes, bruissantes qui avoisinaient la longue avenue Denfert-Rochereau, je ne pouvais qu'être saisie par la majesté du fauve de fer, à l'époque, encore tout oxydé de vert. Et j'attendais qu'un jour proche, je puisse me lover dans ses bras d'acier pour surplomber Paris, pour surplomber le monde.

    Tel la pythie qui rendait les oracles à Delphes, cet immense lion de cuivre semblait me prédire l'avenir. Ainsi, lorsque la pluie tombait du ciel, quelques larmes paraissaient sillonner ses joues creusées et j'y croyais voir mon propre désespoir. D'autres fois au contraire, la brûlure du soleil trouait d'ocelles de lumière les rainures de son corps félin, le chamarrant comme une fourrure de tigre.

    Lion de Belfort, lion vert aux yeux si tendres, roi de la place Denfert-Rochereau  mais pas seulement. Roi de cette forêt d'immeubles, de voitures et de passants, de piétons pressés qui buvaient la lumière rose du soir. Roi incontesté de Paris que j'appelais de toutes mes forces et qui semblait rugir dans mes rêves les plus fous, dans mes tentatives désespérées de revivre le passé, de convoquer mes souvenirs frelatés.

    Compagnon d'infortune ou de jours heureux, ce lion était l'emblème de ma prime jeunesse, le symbole de ma résilience. En ces jours de tristesse, ce lion de Belfort m'était l'ami le plus cher, le roi glorieux de mon enfance.

     


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  • Les prunus encore en fleurs, plumeaux roses aux incandescences cuivrées, projetaient une ombre presque aussi grande que celle de l'église Saint-Maurice qui me faisait face. Elle était terne et grise comme un navire d'asphalte et m'effrayait de son siilence de pierre. Mais heureusement me berçaient sa grande horloge d'acier miroitante, le bruissement des insectes, le chant des oiseaux qui chuchotaient en même temps que la frêle, la faible rumeur du couchant.

    Un peu plus loin, les frondaisons foisonnantes des tilleuls s'enflammaient au contact de la brise montante et je percevais le parfum acidulé de leurs fleurs, parfum acidulé du soir comme le goût d'une pomme d'or que je croquerais à l'unisson avec les corbeaux freux du soir.

    Ceux-là seuls qui me tiendraient compagnie en croassant dans le noir, lorsque tous les passants seraient partis, lorsque tous les enfants auraient achevé de jouer au ballon ou au tourniquet et que, solitaire errante, je frapperais le bitume de mon bâton de pèlerin. Je les entendrais alors froisser leurs ailes de suie tandis que je creuserais l'asphalte  pour y dénicher un trésor : coquillages illusoires, feuilles d'arbres ou cailloux tombés du ciel par exemple. Ou bien encore quelques restes d'oiseaux blessés comme des plumes de soie douces au toucher que je tiendrais au creux de mes mains bientôt trempées d'une encre violette comme la nuit.


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  • Alors que je me trouvais à Paris,  sous le soleil cuivré d'un printemps qui ressemblait à l'automne, je suis allée fouler les allées ombragées du Parc Monsouris. J'y ai revu ses arbres noueux, son lac bleu cendré, le grand kiosque que j'avais l'habitude d'explorer étant enfant- cette fois-ci sans musiciens ni fanfare-. J'y ai revu le monticule de pierre qui ressemble à un immense chateau de sable au coeur des attractions enfantines, les balançoires vert d'eau, la buvette et ses sucres d'orge. J'ai entendu les roucoulements de pigeons et le cri mat des cygnes blancs ou noirs dans le silence des prunus qui parfumaient tant l'herbe alentour que le ciel clair à l'infini.

    J'y ai revu les bribes de mon enfance perdue. Enfance recouvrée dans ce parc, étalée au grand jour.


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  • Je regarde la nuit sans étoiles, sans plus aucune lumière crépitante qui vienne me rappeler l’or du soleil et l’écoulement des jours paisibles d’été. Je regarde la nuit noire charbonneuse. La lune s’en est allée elle aussi, ainsi que son cortège de brûlures et de flammes qui consumaient la toile marine du ciel, formant un liseré de braises rouges, de cendres d’or à ses extrémités.

    Je regarde la nuit mate, mer noire sans voile, désormais sans étoiles, désormais sans lune aussi et je tente de trouver refuge dans mes rêves roses d’enfance. Rêves naïfs illusoires où dans le miroir de ma jeunesse à présent frelatée, je retrouverais ces astres perdus, arches d’or qui illumineraient mon corps de vieille femme devenue fripée, qui éclabousseraient mes rêves d’eau douce pour l’éternité.

     


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